Depuis la caractérisation de l’obésité à titre d’enjeu de santé publique prioritaire par l’Organisation mondiale de la Santé et d’autres instances, plusieurs spécialistes, organismes et gouvernements déploient des interventions visant à la prévenir ou à la traiter.

 

Au Québec, la prévalence de l’obésité a constamment augmenté durant les 30 dernières années. Selon les données disponibles, elle touche un Québécois sur cinq et une Québécoise sur six.

 

 

 

 

 

 

 

 

Prévalence

L’indice de masse corporelle (IMC) est l’indicateur le plus utilisé pour estimer l’embonpoint et l’obésité des populations2. Comme il ne tient pas compte de la composition corporelle (masse musculaire, ossature, répartition des graisses), de la croissance et des habitudes de vie, il ne devrait pas être utilisé seul pour évaluer la santé d’un individu.

Certains chercheurs et cliniciens utilisent aussi la mesure du tour de taille, soit l’endroit où l’accumulation de graisse est le plus dommageable pour la santé (obésité abdominale)3.

Au Québec

2017

Plus de 4 millions de Québécois ont un surpoids (données rapportées corrigées)4,5 :

  • 1 707 200 adultes ont un IMC dans la catégorie obésité
  • 2 279 600 adultes font de l’embonpoint
  • 99 500 adolescents de 12 à 17 ans sont en surpoids

2015

Selon des données mesurées :

  • 59 % des adultes ont un surpoids7
    • 36 % embonpoint
    • 23 % obésité
  •  30 % des jeunes (5 à 17 ans) ont un surpoids8
    • 20 % embonpoint
    • 10 % obésité

Évolution de l’obésité chez les adultes au Québec7,9-12

Au Canada

2017

Plus de 17 millions de Canadiens ont un surpoids (données rapportées corrigées)13,14 :

  • 7 211 300 ont un IMC dans la catégorie obésité
  • 9 647 900 font de l’embonpoint
  • 506 900 adolescents de 12 à 17 ans sont en surpoids

2015

Selon les données mesurées :

  • 62 % des adultes canadiens sont en surpoids15
    • 35 % embonpoint
    • 27 % obésité
  • 31 % des jeunes âgés de 5 à 17 ans sont en surpoids16
    • 19 % embonpoint
    • 12 % obésité

En 2013, il a été mesuré que 6,7 % des tout-petits (0 à 2 ans) sont en surpoids17.

Évolution de l’obésité chez les adultes au Canada18


Agir en prévention

Difficilement réversible, l’obésité est une condition multifactorielle, influencée par différents facteurs environnementaux et individuels. Devant une population où la majorité des adultes est en surpoids, il est impératif d’investir dans la prévention en permettant aux Québécois.es d’avoir accès à une saine alimentation et à un mode de vie physiquement actif. Réduire les facteurs de risques associés aux maladies chroniques permettra de diminuer la pression exercée sur le système de santé et contribuera à améliorer la santé des citoyen.ne.s, éviter les souffrances inutiles et optimiser l’état des finances publiques.

Effets sur la santé physique et mentale

L’obésité, la sédentarité et une mauvaise alimentation sont des facteurs de risque de diverses problématiques de santé et de maladies chroniques19-21 :

  • diabète de type 2 ;
  • maladies cardiovasculaires (hypertension, AVC, insuffisance cardiaque congestive et coronopathies) ;
  • syndrome métabolique ;
  • plusieurs types de cancer ;
  • problèmes respiratoires (asthme, apnée du sommeil, syndrome obésité-hypoventilation)22 ;
  • troubles musculosquelettiques (douleurs lombaires chroniques, certaines formes d’arthrite (arthrose, goutte), etc.) ;
  • stéatose hépatique (maladie du foie gras non-alcoolique) ;
  • infertilité et complications obstétriques23,24 ;
  • troubles de la vésicule biliaire ;
  • maladie rénale chronique ;

L’obésité chez les enfants accroît le risque d’obésité plus tard dans la vie et contribue à l’apparition précoce de maladies comme le diabète de type 2, l’athérosclérose et l’hypertension19. Par conséquent, l’obésité augmente les risques de problèmes de santé pour le restant de leur vie20.

La grossophobie a également des conséquences sur la santé et le bien-être : 

  • Diminution du sentiment d’efficacité personnelle ;
  • Faible estime de soi ;
  • Mauvaise image corporelle ;
  • Difficultés au niveau de l’intégration sociale ;
  • Augmentation du risque de développer des troubles de l’alimentation ;
  • Risque accru de détresse psychologique (p. ex. : symptômes dépressifs, anxieux, etc.) ;
  • Gain pondéral, difficulté à perdre du poids ou fluctuation du poids.

Impacts socio-économiques

Au Québec, en 2011, l’Institut national de santé publique du Québec évalue les coûts d’hospitalisation, de consultations médicales, de consommation de médicaments et d’invalidité associés à l’obésité à près de 3 milliards de dollars.

La Fondation des maladies du coeur et de l’AVC évalue également que les maladies liées au régime alimentaire coûtent annuellement près de 26 milliards de dollars et occasionnent plus de 47 000 décès au pays.

COVID-19 et problématiques du poids

Les bouleversements engendrés par la pandémie sont nombreux et les effets sur les habitudes de vies et de consommation de la population sont inquiétants.

Déjà, dans les deux semaines suivant l’annonce de l’état d’urgence sanitaire :

  • 25 % de la population rapportait une diminution de la qualité globale de son alimentation et le tiers indiquait consommer davantage de malbouffe (boissons sucrées, bonbons, croustilles et fritures) ;
  • 44 % des Québécois.e.s ont rapporté une baisse de leur pratique d’activité physique.

Les mesures sanitaires ont également eu des effets importants sur la préoccupation excessive à l’égard du poids. Touchant plus particulièrement les femmes et les jeunes de 18 à 24 ans, les données de l’INSPQ indiquent qu’environ une personne sur deux est préoccupée par son poids. Selon un sondage mené par Léger, en mars dernier, pour le compte de l’Association pour la santé publique du Québec, 60 % de la population québécoise aurait tenté de maintenir ou perdre du poids.

Selon certain.e.s intervenant.e.s, la situation sanitaire aurait généré une éclosion de grossophobie. D’une part, les personnes en surpoids sont identifiées comme étant plus susceptibles de développer des complications sérieuses si elles contractent la COVID-19, ce qui a donné lieu à des traitements discriminatoires. D’autre part, le chamboulement des habitudes de vie induirait un stress supplémentaire à la population quant à la nécessité de contrôler leur poids. Les femmes et les minorités visibles sont particulièrement touchées par la grossophobie.

Les effets collatéraux de la pandémie sur la pratique d’activité physique, l’alimentation, la préoccupation à l’égard du poids et la grossophobie laissent présager des conséquences critiques sur la santé physique et mentale à long terme.

Ainsi, dans le but de réduire et prévenir les risques associés à l’obésité au Québec, la Coalition Poids mène de nombreuses activités visant à créer des environnements favorables aux saines habitudes de vie.

Les préjugés liés au poids

De nombreux Québécois.es se disent préoccupé.e.s par leur poids. Parallèlement à cette préoccupation accrue on observe une augmentation de la grossophobie, notamment sur les réseaux sociaux.

Qu’est-ce que la grossophobie ?

  • La stigmatisation basée sur la corpulence des corps est appelée la grossophobie. Elle se nourrit de stéréotypes et de préjugés négatifs qui visent les personnes ayant un poids considéré comme étant «trop» élevé. Par exemple, un des préjugés consiste à penser que les personnes grosses manquent de volonté pour changer leurs habitudes de vie. En fait, la grossophobie prend souvent racine dans un manque d’éducation au sujet de la complexité des facteurs qui influencent le poids.
  • Cette stigmatisation peut aussi être internalisée et emmener les gens à développer une peur, parfois irrationnelle, de grossir. La préoccupation excessive à l’égard du poids est justement reliée à ce denier phénomène et peut entraîner des comportements de gestion du poids, qui ne sont pas toujours sans dangers pour la santé.
  • La grossophobie peut aussi se manifester de différentes manières : dans les relations au quotidien, à travers des interactions avec le corps médical, dans les médias, ou même dans les interventions populationnelles visant l’obésité. Ce phénomène, qui a connu une forte augmentation depuis la rhétorique de la « guerre contre l’épidémie d’obésité », n’est pas sans conséquences pour la santé et le bien-être de nos concitoyens, peu importe leur corpulence. La prise en compte du phénomène de grossophobie influence énormément les discours autour de l’obésité qui sont traversés par de nombreuses controverses.

Plus de la moitié des Québécois.es pensent que les personnes grosses ne sont
pas en bonne forme physique, sont inactives, mangent trop et mal.

Pour en savoir plus, cliquez ici pour consultez notre fiche sur la grossophobie.

Pour des communications saines sur les problématiques du poids

Depuis longtemps, l’obésité est reconnue comme un facteur de risque de maladies chroniques. Or, depuis quelques années, le fait de parler d’obésité dans les médias ou sur les réseaux sociaux est de plus en plus controversé.

Dans l’optique de favoriser l’émergence d’une meilleure cohésion des messages au Québec, et d’unir les efforts vers une vision commune des problèmes reliés au poids, la Coalition Poids a créé, au printemps 2021, un groupe de travail. Elle a ainsi animé et réuni une cinquantaine de partenaires, experts et intervenants, issus des secteurs de la promotion-prévention, de la recherche et clinique, qui gravitent autour des problématiques du poids et qui ont une variété de points de vue et de connaissances.

Cet effort de concertation a permis de construire une compréhension collective de la problématique et de favoriser une meilleure synergie entre les acteurs et actrices. Les séances de travail ont donné naissance à l’identification de cinq principes directeurs pour guider les actions de communication sur les problématiques du poids.

Dans l’optique d’agir sans nuire, il importe de repenser la manière d’aborder les problématiques reliées au poids dans la population. Ainsi, les principes directeurs, présentés dans un manifeste, ont pour objectif de guider la construction des messages à véhiculer dans la population pour la Coalition Poids et ses partenaires. Ils définissent les idées qui doivent être mises de l’avant et donnent le ton aux stratégies et aux outils de communication qui en découleront. Ils offrent les assises pour bâtir des messages inclusifs et adaptés à différents publics cibles.

Cliquez ici pour consultez le manifeste.

Quelles sont les controverses autour du poids ?

Pendant que certains acteurs croient qu’il est nécessaire de sensibiliser la population et les décideurs au concept et aux conséquences de l’obésité ; d’autres affirment qu’il est grossophobe de porter spécifiquement attention à la corpulence des individus, car le poids ne constitue pas une indication parfaite de la santé d’un individu. De plus, certains professionnels réclament la reconnaissance de l’obésité en tant que maladie afin de faciliter l’accès au traitement tandis que d’autres s’y opposent et défendent son statut de facteur de risque, car selon eux reconnaitre l’obésité comme une maladie pourrait augmenter la stigmatisation et le risque de préjudices envers les personnes grosses notamment en matière d’emploi et d’assurabilité. Dans ce contexte de polarisation des points de vue, de nombreux messages, parfois contradictoires, sont livrés à la population ce qui crée énormément de confusion.

Controverses autour du poids

Ces controverses autour du poids sont à mettre en parallèle avec le fait que, au fil du temps, les sciences, les valeurs et le contexte social ont évolué, complexifiant les messages populationnels, mettant en lumière les préjugés et soulevant plus fortement des enjeux comme la stigmatisation à l’égard du poids.

Consultez notre rapport pour en savoir plus.


Références