Monsieur le Premier ministre,

D’entrée de jeu, j’aimerais vous féliciter pour votre réélection et saluer l’ensemble des élus formant le nouveau gouvernement. De grands défis vous attendent pour le prochain mandat. Parmi ceux-ci, la réduction de la problématique de l’obésité et des maladies chroniques évitables est certainement un enjeu majeur. Pourtant, durant la campagne, il a été très peu question de la santé des Canadiens, l’une de nos plus inestimables ressources naturelles. J’espère que cela ne donnera pas le ton aux premiers mois de votre mandat, car le temps presse. S’il vous plaît, choisissez d’avancer.

Si vous n’avez pas eu la chance de le lire, un rapport de l’OCDE publié pendant la campagne souligne que, sans intervention gouvernementale plus musclée, non seulement le taux d’obésité au Canada continuera de progresser, mais l’espérance de vie des générations futures diminuera. De plus, comme vous le savez, les maladies liées à l’alimentation coûtent plus de 27 milliards de dollars par an aux Canadiens, en plus d’engendrer des souffrances évitables. Le marketing de la malbouffe n’est pas étranger à ce fait désolant. Ainsi, il est urgent et important de reprendre et de compléter rapidement les travaux promis dans votre Stratégie canadienne en matière de saine alimentation. S’il vous plaît, choisissez d’avancer.

Au nom des 600 organisations et individus partenaires de la Coalition Poids, je vous prie de déposer prioritairement un nouveau projet de loi pour interdire la publicité aux enfants au Canada. La mort au Feuilleton du projet de loi S-228 en toute fin de processus législatif, après trois ans de travaux au Sénat et à la Chambre des communes, est une désolation et un gaspillage de fonds publics si cette pertinente mesure ne voit pas le jour. Cela d’autant plus que la majorité des partis d’opposition ont voté en faveur d’une telle loi au cours du dernier mandat. Dans la première année de votre mandat, il faut protéger les enfants et mettre fin à la publicité d’aliments riches en sucre, sel et gras saturés ciblant les enfants de moins de 13 ans. S’il vous plaît, choisissez d’avancer.

L’ajout d’un symbole interprétatif sur le devant de l’emballage des aliments à forte teneur en sucre, sel et gras saturés est une autre mesure prometteuse, promise et attendue. Considérant la rigueur et l’avancement des travaux déjà effectués, un tel symbole pourrait être rapidement instauré pour aider les Canadiens à faire de meilleurs choix alimentaires et inciter les industriels offrant des produits alimentaires peu intéressants à améliorer la qualité de leurs produits. S’il vous plaît, choisissez d’avancer.

À l’égard de cette mesure, permettez-moi une parenthèse et une mise en garde. Ne répétez pas l’erreur d’offrir des délais d’application complaisants à l’industrie au détriment des Canadiens. Ces délais ne font que repousser les gains potentiels des mesures. Je vous invite donc à prévoir des périodes de transition plus réalistes car, chaque mois qui passe, les maladies liées à l’alimentation nous coûtent plus de 2 milliards de dollars! S’il vous plaît, choisissez d’avancer.

En plus de compléter les actions déjà entamées en matière de saine alimentation, une taxation des boissons sucrées, dont les sommes seraient réinvesties en prévention devrait être priorisée. Une récente revue systématique et méta-analyse réitère son efficacité pour réduire l’achat et la consommation de ces bonbons liquides néfastes à la santé. En plus de contribuer à l’obésité et à d’autres problématiques de santé (diabète, carie, maladies cardiovasculaires, etc.), les boissons sucrées sont aussi nuisibles à l’environnement (emballages à usage unique, gaspillage d’eau, production et transport coûteux en GES). Il y a donc un double avantage à leur redonner une juste place dans notre alimentation. S’agissant de la principale source de sucres des Canadiens, il faut envoyer un signal très clair sur l’importance d’en diminuer la consommation en mettant en place des mesures pour réduire la consommation de boissons sucrées, dont la taxation. Si la taxe seule est utile, l’investissement des revenus en prévention multiplie son potentiel. Selon l’OCDE, chaque dollar investi dans la prévention de l’obésité amènerait jusqu’à six dollars de retombées.  S’il vous plaît, choisissez d’avancer.

Enfin, Monsieur le Premier ministre, vous devez vous assurer d’offrir à tous les Canadiens des milieux de vie  où les choix sains sont plus faciles à faire et plus intéressants. S’il vous plaît, vous devez avancer.

Corinne Voyer, directrice de la Coalition Poids