Difficile pour les auditeurs d’Occupation Double de manquer le placement de produits de ses commanditaires. En effet, les boissons ont la palme dans cette émission populaire et véhicule des pratiques de consommation qui laissent croire aux jeunes (auditeurs cibles de l’émission) que toutes les occasions sont bonnes pour boire, notamment une boisson énergisante. La consommation de ces bonbons liquides stimulants est loin d’être banale et particulièrement avant ou pendant un effort physique 

Pour vous situer, lors de l’épisode 14, avant d’effectuer une course à obstacles, l’animateur offre aux concurrentes « une petite boisson, question de vous donner de la bonne énergie… ! ». Dans une mise en scène bien calculée, le temps de la décapsuler et d’en boire, les deux concurrentes s’entendent pour dire : « C’est ça que ça me prenait… j’suis prête à tout! », puis elles s’élancent pour affronter le parcours. Un parcours où justement la marque de boisson énergisante est placardée de manière abusive et devient indissociable à la pratique de l’activité physique. Cette publicité déguisée est irresponsable, voire même très dangereuse. 

Loin d’être la seule promotion en son genre, de telles stratégies commerciales encouragent bel et bien la consommation risquée d’un produit loin d’être anodin. L’énoncé de position de l’Association québécoise des médecins du sport et de l’exercice est d’ailleurs très clair : il n’est pas recommandé de prendre une boisson énergisante avant, pendant ou immédiatement après la pratique d’activités sportives. Santé Canada le déconseille également. Alors que l’activité physique sollicite déjà le système cardiovasculaire, les boissons énergisantes, par leur forte concentration en caféine et en autres substances stimulantes, augmentent le risque de problèmes cardiaques. Par ailleurs, pour les jeunes, comme ils sont généralement moins tolérants à la caféine, de plus petites quantités peuvent être nocives.  

En 2018, suivant le décès de Zachary Mitchell, la coroner Pascale Boulay avait formulé une recommandation voulant que la réglementation de la vente de boissons énergisantes s’inspire de celle qui s’applique au tabac. Selon elle, actuellement, la réglementation reste trop floue quant aux risques associés à la consommation de ces boissons, en particulier dans un contexte sportif. 

L’an dernier, l’émission Enquête levait le voile sur les méfaits des boissons sucrées énergisantes, à travers un reportage choc où le gouvernement caquiste s’engageait à agir, notamment sur la vente de ces produits au moins de 16 ans et sur un comité de travail. Il est donc inacceptable que l’on encourage la surconsommation de ces boissons et leur association avec le sport. Il est temps que le gouvernement encadre la promotion des boissons sucrées et énergisantes et envoie un message clair à la population quant à leurs effets néfastes.  

 

Corinne Voyer, directrice de la Coalition Poids