Le 11 mai dernier, le Royaume-Uni annonçait qu’en avril 2022, les publicités mettant en vedette des aliments de faible valeur nutritive diffusées en ligne ou à la télévision seront dorénavant limitées. Cette réglementation fait partie d’un plan de prévention de l’obésité annoncé récemment par le gouvernement britannique et s’accompagne d’une série de mesures qui visent à protéger les enfants de la promotion de ces aliments.

De l’aveu même du gouvernement britannique, la pandémie actuelle a été un véritable signal d’alarme confirmant l’importance de créer des environnements favorables à la santé de la population. La Grande-Bretagne fait partie d’une longue liste de pays qui cherchent à freiner l’explosion de maladies chroniques associées, entre autres, à la consommation excessive de produits ultra-transformés.

Ici, comme ailleurs, les jeunes canadiens sont constamment sollicités par les stratégies marketing financées à grand budget par l’industrie alimentaire. Que ce soit à la télévision, dans les films, à l’école, dans les centres de loisirs, dans les magasins, dans les restaurants, sur Internet, les médias sociaux et autres, la publicité destinée aux enfants est partout.

Nous avons la responsabilité de protéger nos enfants de ces publicités qui influencent leurs préférences alimentaires, et nuisent à l’adoption de saines habitudes de vie dès l’enfance. Selon une étude financée par Cœur et AVC, les enfants de 9 à 13 ans tirent, en moyenne, 57% de leurs apports caloriques via cette catégorie d’aliments considérée peu nutritive. Au total, près d’un jeune canadien sur trois, âgé de 5 à 17 ans vit avec l’embonpoint ou l’obésité et il appert que la publicité de ces aliments fait partie des facteurs qui encouragent cette tendance inquiétante.

Au début des années 80, le Québec a été un pionnier sur la scène internationale et l’interdiction de la publicité faite aux enfants a déjà fait ses preuves. Au Canada cependant, le gouvernement fédéral n’a pas su proposer de nouveaux moyens permettant d’agir après que le projet de loi S-228 ait été mis de côté au Sénat en septembre 2018. Pourtant, dès son arrivée au pouvoir en 2015, le Premier ministre Trudeau s’était engagé à agir via la lettre de mandat de la ministre de la Santé. Six ans plus tard, la publicité des boissons et des aliments ciblant les enfants n’est toujours pas encadrée à l’échelle nationale de manière à les protéger adéquatement.

Les tactiques de l’industrie vont bien au-delà des canaux de télévision. À titre d’exemple, une étude de l’Université d’Ottawa se penchant spécifiquement sur les publicités sur Internet révèle par que « plus de 90 % des publicités de boissons et d’aliments visionnées en ligne par les enfants et les jeunes concernent des produits mauvais pour la santé ».

Les stratégies de marketing s’adressant aux enfants se déploient aussi sur les emballages de produits alimentaires, une exception que permet la loi québécoise. À cet égard, en 2019, la Coalition québécoise sur la problématique du poids (Coalition Poids) a recensé 469 emballages de produits alimentaires ciblant les enfants dans les commerces de détail. Parmi ces produits, 9 sur 10 étaient des aliments ultra-transformés riches en sucre, sel ou gras saturés. Pas étonnant que, selon un sondage IPSOS réalisé en 2019 pour le compte de la Coalition Poids, 84 % des parents québécois estiment que les enfants sont encore trop exposés à des publicités et que ces pratiques devraient être mieux encadrées.

Signataires:

L’Honorable Chantal Petitclerc, sénatrice du Québec et médaillée paralympique

Carl Julien, Vice-Président, Québec, Cœur et AVC

Corinne Voyer, Coalition Poids