Pour un virage santé à l’école

Dans un contexte où l’embonpoint et l’obésité touchent autant les adultes que les enfants et adolescents, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) a publié la Politique-cadre pour une saine alimentation et un mode de vie physiquement actif – Pour un virage santé à l’école, avec la participation du ministère de la Santé et des Services sociaux et de celui de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.

Lancée en 2007, la Politique-cadre reflète la volonté d’offrir dans les établissements scolaires du Québec des environnements où les jeunes ont accès à une alimentation plus saine et ont plus d’occasions de bouger.

Ce que dit la Politique-cadre Pour un virage santé à l'école

Objectifs de la Politique-cadre

  • S’assurer que l’offre alimentaire sous la responsabilité des milieux scolaires favorise l’adoption de saines habitudes alimentaires.
  • Augmenter les occasions d’être physiquement actif à l’école pour l’ensemble des jeunes.
  • Susciter des initiatives d’éducation, de communication et de promotion favorisant l’acquisition de saines habitudes de vie à long terme.
  • Mobiliser les différents partenaires scolaires et communautaires pour entreprendre des actions globales et concertées visant l’adoption d’une saine alimentation et d’un mode de vie physiquement actif.

Orientations de la Politique-cadre

Les orientations ci-après visent à améliorer l’environnement scolaire de façon à modifier en même temps les habitudes relatives à l’alimentation et à l’activité physique des jeunes1. Ces orientations s’articulent autour de trois thèmes.

Thème 1 : Environnement scolaire

Volet saine alimentation
  • Orientation 1 : Offrir une alimentation variée et privilégier les aliments de bonne valeur nutritive.
  • Orientation 2 : Éliminer les aliments à faible valeur nutritive de l’offre alimentaire.
  • Orientation 3 : Offrir des lieux adéquats et des conditions favorables lors des repas.
Volet mode de vie physiquement actif
  • Orientation 1 : Augmenter les occasions d’être actif physiquement, principalement à l’occasion des récréations, de l’heure du dîner, des périodes de service de garde ou dans le cadre des activités parascolaires.
  • Orientation 2 : Offrir des activités qui tiennent compte des intérêts variés des jeunes et adaptées à leurs capacités.
  • Orientation 3 : Aménager et animer les aires intérieures et extérieures pour optimiser les occasions d’être actif physiquement.

Thème 2 : Éducation, promotion et communication

  • Orientation 1 : Mettre en place différentes activités d’éducation et de promotion qui favorisent une saine alimentation et un mode de vie physiquement actif.
  • Orientation 2 : Informer périodiquement les parents et la communauté des différentes actions mises en place afin qu’ils soutiennent les efforts du milieu scolaire et assurent une continuité.

Thème 3 : Mobilisation avec des partenaires

  • Orientation 1 : Établir ou consolider des partenariats avec la communauté.

Programmes et politiques en lien avec les saines habitudes de vie à l'école

Programme national de santé publique 2015-2025

Ce programme définit l’offre de services de santé publique en vue de maintenir et améliorer la santé de la population. Le réseau de santé publique y est appelé à collaborer à la planification conjointe et la mise en œuvre d’actions de promotion de la santé et de prévention dans les écoles, selon une entente formelle avec le réseau de l’éducation. Ces actions, basées sur l’approche École en santé2, visent le développement des compétences personnelles et sociales des enfants et des jeunes, l’adoption de saines habitudes de vie et de comportements sains et sécuritaires, ainsi que la création d’environnements favorables à la santé et à la réussite éducative des enfants et des jeunes.

Politique gouvernementale de prévention en santé

Lancée le 23 octobre 2016, la Politique gouvernementale de prévention énonce quelques objectifs pour encourager les saines habitudes de vie dans les écoles et « soutenir la réalisation d’actions favorisant la santé et le bien-être des jeunes en contexte scolaire ». Dans son objectif 1.4, elle veut « soutenir et améliorer le développement des jeunes d’âge scolaire », par l’« acquisition et le renforcement de compétences permettant d’effectuer des choix éclairés » et la « diversification des occasions offertes aux jeunes d’être actifs physiquement et de manger sainement ». Elle vise aussi à favoriser l’accès de l’ensemble de la population à des activités et à des installations extérieures et intérieures contribuant à l’adoption et au maintien d’un mode de vie physiquement actif en toute saison. Parmi ses objectifs, la Politique compte contribuer à :

  • atteindre un niveau élevé de bien-être émotionnel et psychosocial chez au moins 80 % de la population ;
  • atteindre une consommation minimale de cinq fruits et légumes chaque jour, chez plus de la moitié de la population ;
  • faire bondir de 20 % la proportion de jeunes âgés de 12 à 17 ans actifs durant leurs loisirs et déplacements.

Enfin, elle prévoit un chantier pour évaluer la possibilité de soutenir un programme de repas et de collations gratuites, ou à faible coût, dans les milieux défavorisés sur le plan socio-économique. Son plan d’action est attendu pour l’automne 2017.

Politique de l’activité physique, du sport et du loisir

La politique Au Québec, on bouge !, du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport a pour objectif de faire bouger les élèves du primaire 60 minutes par jour et les tout-petits dans les services de garde éducatifs à l’enfance, en partenariat avec le Grand défi Pierre Lavoie. Elle prévoit aussi élaborer des programmes de concentration multisports pour les élèves de 5e et 6e années du primaire et favoriser la pratique régulière d’activités physiques chez les filles. Un soutien financier est également prévu pour la découverte d’activités qui stimulent le goût de bouger, pour la formation et le perfectionnement de personnes agissant à titre d’accompagnateurs, d’animateurs, d’entraîneurs, d’officiels, de conseillers, d’experts et de bénévoles, pour le programme École active, ainsi que pour l’installation sportive et récréative et la construction d’installations dans les écoles primaires, de façon à ce que toutes ces écoles aient au moins une salle ou un gymnase.

D’ici 2027, elle vise à augmenter d’au moins 10 % la proportion de la population qui effectue le volume minimal recommandé d’activité physique pendant ses temps libres et de 20 % celle des jeunes âgés de 6 à 17 ans.

Politique de la réussite éducative

La Politique de la réussite éducative Le plaisir d’apprendre, la chance de réussir fait un bref clin d’œil aux habitudes de vie et reconnaît la saine alimentation et la pratique régulière d’activités physiques comme facteurs favorisant la réussite éducative. Elle vise à offrir un environnement inclusif, sain, sécuritaire, stimulant et créatif.

Politique québécoise de la jeunesse 2030

Pour favoriser de bonnes habitudes alimentaires, le gouvernement s’est engagé, par le biais de partenaires, à sensibiliser les jeunes aux bases d’une saine alimentation, afin de les informer quant aux effets de certains choix alimentaires, en particulier la consommation de boissons énergisantes. Il s’est également engagé à enseigner aux élèves du secondaire les techniques de base de la cuisine et les principes de la saine alimentation.

Dix ans plus tard : constats et recommandations

Sachant qu’un enfant en meilleure santé apprend mieux et que l’obésité, la sédentarité et la qualité de l’alimentation sont des problèmes de santé publique très préoccupants chez les 6 à 17 ans3,4,5, il y a lieu de revaloriser et bonifier la Politique-cadre Pour un virage santé à l’école.

Ainsi, pour souligner les 10 ans de la Politique-cadre, la Coalition Poids a réuni deux comités de travail, l’un axé sur la saine alimentation et l’autre sur l’activité physique pour établir des constats, identifier les améliorations nécessaires et émettre des recommandations. Ces comités regroupent des professionnels et chercheurs universitaires issus des milieux de l’éducation et de la santé.

Consulter notre rapport détaillé Pour un virage santé à l’école, dix ans plus tard : constats et recommandations.

Le gouvernement est ainsi invité à revitaliser cette politique et soutenir davantage les écoles dans son application, afin d’assurer une cohérence et une synergie avec les programmes et politiques ayant des objectifs en matière de saines habitudes de vie à l’école.

Constats - Volet saine alimentation

  • Il est nécessaire de revoir l’offre des boissons dans les établissements scolaires. On y retrouve des jus de fruits en quantité excessive et des jus de légumes trop salés. De plus, il s’avère que le lait au chocolat, aliment d’occasion, est parfois offert sur une base quotidienne aux élèves. Enfin, les informations recueillies montrent que l’eau, essentielle à une bonne hydratation, n’est pas toujours facilement à la portée des jeunes.
  • Beaucoup d’améliorations restent à apporter à l’offre alimentaire des écoles. Malgré les directives de la Politique-cadre, certaines d’entre elles auraient réintégré la friture à la cafétéria de l’école. On remarque également que les portions de légumes sont souvent insuffisantes et que les grains entiers sont encore très peu présents. Les élèves pourraient aussi avoir accès à plus de collations ayant une meilleure qualité nutritionnelle.
  • Les aliments et boissons peu nutritifs, comme les boissons sucrées, se retrouveraient toujours entre les murs d’écoles. On relève plusieurs incohérences en ce qui concerne le retrait de ce type de produits : la vente de friandises lors de levées de fonds est encore répandue, les évènements spéciaux peuvent être à l’origine d’excès, l’offre alimentaire des membres du personnel n’est pas la même que celle des jeunes, de la publicité commerciale de produits alimentaires peu nutritifs est destinées aux élèves. On relate des dérapages concernant le contrôle du contenu des boîtes à lunch de la part d’établissements scolaires qui, sous prétexte d’appliquer la Politique-cadre, interdisent certains aliments. Cela démontre une mauvaise compréhension des orientations du Virage santé à l’école.
  • Le contexte dans lequel les repas se déroulent mérite plus d’attention. Les lieux sont souvent bruyants, mal équipés et pas adaptés au nombre d’élèves. Cela contraint parfois le personnel à organiser plusieurs périodes de dîner, forçant ainsi les enfants à manger rapidement. Il y a aussi un besoin de protocoles et d’infrastructures (ex. : lavabo pour laver les mains et surfaces dans les locaux) permettant une gestion plus efficace des allergies alimentaires.

Constats - Volet mode de vie physiquement actif

  • Les occasions pour que les jeunes soient physiquement actifs ne sont pas toujours saisies et créées par les écoles. Les périodes et la durée des récréations varient grandement selon les établissements. Le temps réel accordé aux cours d’éducation physique et à la santé ne concorde souvent pas avec celui que suggère le ministère de l’Éducation. Si l’on exclut cette matière, l’activité physique est rarement intégrée dans les autres contextes d’apprentissage. En dehors des heures de cours, les activités parascolaires tendent à attirer les jeunes déjà actifs et les périodes de services de garde représentent une opportunité encore sous-exploitée. Enfin, le trajet pour aller et revenir de l’école se fait de moins en moins en transport actif.
  • On observe plusieurs obstacles dans l’offre d’activités physiques en milieu scolaire : une offre pas suffisamment variée, un manque de formation du personnel qui les organise, une crainte exagérée de blessures menant à l’interdiction d’activités et un manque d’habileté motrice des jeunes.
  • Les infrastructures dans lesquelles les jeunes ont l’occasion d’être physiquement actifs peuvent être améliorées : certaines écoles pourraient être mieux aménagées et conçues, tout comme les gymnases. Dû à des contraintes logistiques, le matériel dont disposent les écoles est parfois peu ou pas utilisé, ce qui limite la variété des activités. Les trajets que les élèves utilisent pour se rendre à l’école devraient aussi faire l’objet de plus d’attention, puisque le manque de sécurité limite le transport actif.

Sommaire des recommandations

Les constats ont mis en lumière la nécessité d’avoir davantage de directives ministérielles, appuyées sur les données probantes, pour réduire les inégalités des chances entre les enfants des différents milieux. La promotion des bonnes pratiques, de même que du soutien professionnel et financier sont également indispensables au plein essor de la Politique.

Les recommandations suivantes font l’objet d’un consensus. Si elles ciblent des actions spécifiques, il importe que leur application s’inscrive dans une vision globale et concertée. Il est aussi essentiel qu’elles encadrent l’ensemble des activités et acteurs qui font partie de l’environnement scolaire, que ce soit pendant ou hors des heures de classes. La santé et le bien-être actuel et futur des élèves doit demeurer constamment au cœur des préoccupations et constituer le moteur des actions.

Promouvoir une saine alimentation

  • Réviser l’information concernant les jus et le lait au chocolat, insister pour le retrait des boissons sucrées des écoles et assurer l’accès à l’eau pour les élèves, en tout temps.
  • Réaliser un nouveau portrait de la qualité nutritionnelle des menus offerts à l’école.
  • Soutenir l’intégration d’activités permettant le développement des compétences alimentaires et culinaires en classe, en parascolaire et au service de garde.
  • Subventionner :
    • l’installation de fontaines et de stations d’approvisionnement garantissant l’accès facile à l’eau dans les milieux où cela est nécessaire ;
    • l’aménagement d’aires de repas conviviales ;
    • l’achat de petits équipements e de cuisine (ex. : ustensiles, bols, planches à découper, etc.) ou de jardinage (ex. : bacs, terre, pelles, truelles, etc.) pour les écoles dans un but pédagogique ;
    • l’achat d’aliments sains à des fins éducatives ou pour les services alimentaires.

Harmoniser les pratiques relatives à l’alimentation et s’assurer qu’elles soient basées sur les meilleures connaissances

  • Recadrer la portée de la Politique-cadre en précisant que les critères de qualité pour l’offre alimentaire ne concernent pas les aliments entrant dans l’école par le biais des boîtes à lunch et des collations.
  • Guider les écoles à propos de :
    • l’encadrement et du contexte de la prise des repas et des collations (fréquence, moment, type, bonnes pratiques) ;
    • la gestion des allergies alimentaires ;
    • l’offre alimentaire lors des occasions spéciales.

Pour atteindre un temps minimum de 60 minutes d’activités physiques par  jour, du moment où les enfants partent à l’école jusqu’au retour à la maison

  • Rendre obligatoire un temps minimal consacré aux cours d’éducation physique et à la santé.
  • Instaurer au moins deux pauses par jour d’un minimum de 15 minutes chacune au préscolaire et au primaire.
  • Intégrer des moments d’activités physiques au quotidien à d’autres disciplines d’enseignement que l’éducation physique et à la santé ainsi que dans différents contextes scolaires.
  • Encourager une variété d’activités physiques dans le cadre d’activités parascolaires et intramurales rejoignant le maximum de jeunes, tout en prêtant une attention spécifique aux moins actifs et aux particularités de la pratique des filles.
  • S’assurer de rendre le matériel d’activités physiques accessible à l’ensemble des jeunes durant les heures d’école.
  • Favoriser des déplacements actifs sécuritaires.
  • Augmenter le temps actif des jeunes dans la planification hebdomadaire des services de garde.

Soutenir les milieux dans la mise en œuvre de la Politique-cadre Pour un virage santé à l’école

  • Assurer la présence d’une ressource de soutien en nutrition accessible aux écoles pour adapter ou réviser leurs pratiques, activités ou communications en nutrition.
  • Mandater et libérer, dans chaque établissement, un membre de l’équipe-école qualifié pour former, accompagner et transférer l’expertise auprès de celle-ci en matière de planification, d’organisation et de réalisation d’activités physiques et sportives.

Téléchargez les faits saillants des constats et recommandations.

Alimentation à l’école

Activité physique à l’école

Image corporelle et stigmatisation à l’égard du poids

Partenariats et communications sur les saines habitudes de vie à l’école 

 

  

Références