L’obésité est devenu un tel enjeu de santé publique que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) l’a qualifiée d’épidémie1. En raison de l’augmentation de l’obésité et des problèmes de poids, l’OMS a défini, dans sa Stratégie mondiale pour l’alimentation, l’exercice physique et la santé2, une série de mesures pour encourager les gens à avoir une alimentation saine et faire régulièrement de l’exercice.

En mars 2016, une étude publiée dans la revue The Lancet démontre que la population adulte mondiale est de plus en plus obèse. En effet, en 2014, l’obésité, facteur de risque de diabète, maladies cardiaques et certains cancers, touchait 13 % de la population adulte mondiale et pourrait atteindre 20 % d’ici 2025, tandis que 39 % de cette population était en surpoids3,4.

À l’heure actuelle, les problèmes de poids sévères surviennent dès la petite enfance, d’où des préoccupations importantes concernant les problèmes de santé et maladies associés à un excédent de poids.

Prévalence

Bien que plus faible qu’aux États-Unis, la prévalence de l’obésité a augmenté de façon significative au Canada5,6,7,8. L’obésité et l’embonpoint sont en hausse constante au Québec et dans le reste du Canada. En mars 2016, le Comité sénatorial permanent des Affaires sociales, des sciences et de la technologie a reconnu qu’au cours des 30 à 40 dernières années, le pourcentage de Canadiens souffrant d’embonpoint ou d’obésité a considérablement augmenté9.

Au Québec

2015

  • En 2014-2015, l’obésité touche 19 % des Québécois âgés de 15 ans et plus, en progression comparativement à 16 % en 200810.
  • Prévalence de l’embonpoint chez les adultes : augmentation du taux à 33,6 %11.
  • Prévalence de l’obésité chez les adultes : augmentation du taux à 17,1 %12.
  • Entre 2010 et 2030, une estimation prévoit une augmentation de 72 % des coûts directs des principales maladies chroniques, d’où une hausse de 1,8 G$ à 3,1 G$13.
  • Entre 2010 et 2030, les coûts indirects (mortalité prématurée, invalidité, etc.) risquent de croître de 61 %, soit de 5,8 G$ à 9,4 G$14.

2004

  • 57 % de la population adulte québécoise souffre d’excès de poids : 22 % d’obésité et 35 % d’embonpoint15.
  • Près d’un enfant sur quatre présente un excès de poids : 7 % d’obésité et 15 % d’embonpoint16.

Au Canada

  • 20,2 % des Canadiens âgés de 18 ans et plus étaient obèses. Chez les hommes, le taux d’obésité est passé de 20,1 % en 2013 à 21,8 % en 2014, tandis que chez les femmes, il est passé de 17,4 % en 2013 à 18,7 % en 201417.
  • Environ 13 % des enfants âgés de 5 à 17 ans sont obèses et 20 % d’entre eux souffrent d’embonpoint18.
  • Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le taux d’obésité de la population adulte a fortement augmenté, avec un taux de 25,4 %19.

Dans le monde

  • D’ici 2025, l’arrêt de la recrudescence du diabète et de l’obésité est l’une des cibles mondiales visées par l’OMS20.
  • Dans un rapport publié en janvier 2015, l’OMS établit que les cas d’obésité ont doublé depuis 198021.

Causes

Selon l’OMS, l’obésité a atteint les proportions d’une épidémie mondiale, dans la mesure où 2,8 millions de personnes au moins décèdent chaque année en raison de leur surpoids ou de leur obésité. La principale cause de l’obésité et du surpoids est un déséquilibre énergétique entre les calories consommées et celles dépensées22, bien que plusieurs facteurs individuels et environnementaux influencent le poids corporel, d’où la complexité de la résolution du problème23.

Les habitudes alimentaires et la pratique d’activités physiques ont aussi un impact considérable sur la prise de poids, de même que l’environnement dans lequel nous vivons influence grandement nos habitudes alimentaires et notre niveau d’activité physique, compte tenu de la difficulté de faire des choix santé si aucun aliment santé ou espace pour bouger n’est disponible24,25,26.

L’OMS identifie cinq facteurs « probables et convaincants » liés à l’obésité27 :

  • les modes de vie sédentaires ;
  • la surconsommation d’aliments à haute teneur énergétique et faible valeur nutritive ;
  • l’intense marketing agroalimentaire d’aliments à haute densité énergétique et des restaurants-minute ;
  • la surconsommation de boissons sucrées ;
  • les conditions socioéconomiques défavorables.

Toutefois, l’OMS estime qu’une croissance globale et aussi rapide de l’obésité ne peut uniquement être attribuée à la responsabilité des seuls individus. Modifier les habitudes en matière d’alimentation et d’exercice physique exigera des efforts autant de la part des partenaires privés que publics, qu’il s’agisse des États membres de l’OMS, de la société civile et des organisations non gouvernementales, ou du secteur privé28.

Répercussions sur la santé

L’obésité est associée à un certain nombre d’affections ou de morbidités et la littérature clinique récente a permis d’établir des liens entre l’obésité et diverses maladies chroniques29 :

  • le diabète de type 2 ;
  • plusieurs types de cancer ;
  • les maladies cardiovasculaires (hypertension, AVC, insuffisance cardiaque congestive et coronopathies) ;
  • les affections psychiatriques, bien que certains médicaments psychotropes soient susceptibles de causer une prise de poids.

Quant à l’obésité infantile, elle accroît le risque d’obésité plus tard dans la vie et contribue à l’apparition précoce d’un certain nombre de maladies, comme le diabète de type 2, l’athérosclérose et l’hypertension30.

Au cours des dernières années, de nombreuses études ont indiqué que les problèmes de surpoids, en particulier l’obésité, sont directement liés à la prévalence accrue des maladies chroniques.

Des conséquences alarmantes

Les problèmes de poids ont de nombreuses répercussions négatives sur la santé.

  • Le diabète de type 2 : le vieillissement, l’obésité, l’inactivité physique, certaines origines ethniques et des antécédents familiaux de diabète (ou de diabète gestationnel dans le cas des femmes) sont des facteurs de risque importants. Il est possible de réduire le risque de diabète de type 2, comme celui de la plupart des maladies graves, en faisant des choix de vie sains (ex. : contrôler son alimentation, s’abstenir ou cesser de fumer, perdre du poids excédentaire et faire de l’exercice). Autrefois considéré comme une maladie d’adulte, le diabète de type 2 est à la hausse chez les enfants et les jeunes, à l’échelle mondiale, depuis les deux dernières décennies, et le surpoids et la croissance rapide pendant la petite enfance ont des conséquences importantes à long terme et sont associées à l’obésité adulte et à ses comorbidités, dont l’hypertension, les maladies coronariennes et le diabète de type 231,32,33.En 2014, 422 millions d’adultes dans le monde vivaient avec le diabète. La prévalence mondiale du diabète a presque doublé depuis 1980, passant de 4,7 % à 8,5 % chez la population adulte, ce qui indique une augmentation des facteurs de risque associés tels que le surpoids ou l’obésité34.
  • Le cancer : principale cause de décès au Canada, le cancer est responsable d’environ 30 % de tous les décès. En 2015, selon les Statistiques canadiennes sur le cancer, 42 % des Canadiennes et 45 % des Canadiens seront atteints d’un cancer au cours de leur vie et 25 % en mourront35.Aux Etats-Unis, 15 à 25 % des morts par cancer peuvent être attribuées au surpoids et à l’obésité36.
  • Les maladies cardiovasculaires : première cause de décès chez les Canadiens d’âge adulte, les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires sont : l’obésité, l’embonpoint, la sédentarité, le diabète et l’hypertension artérielle37. Selon l’OMS, l’apparition de plus de 80 % des coronaropathies pourrait être évitée ou retardée par une bonne alimentation, la pratique régulière d’activité physique, l’élimination du tabagisme et la gestion efficace du stress38.
  • La santé mentale : l’obésité entraîne non seulement des problèmes de santé, mais également des problèmes psychologiques (par exemple, atteinte à l’estime de soi, dépression). Des perceptions du biais lié au poids et des stéréotypes négatifs sur les personnes obèses sont signalés dans différents secteurs : au travail, dans le cadre de la prestation des soins de santé, dans les écoles et dans les médias39,40,41.
  • La santé pulmonaire : les enfants et adolescents en surpoids ont plus de symptômes d’asthme sévère et se retrouvent plus souvent hospitalisés, indépendamment de l’âge, du sexe et de la nationalité42,43.
  • L’arthrite et les affections musculosquelettiques : le surplus de poids impose une surcharge sur les articulations et une réduction de poids empêche non seulement le développement de l’arthrose, mais améliore aussi les symptômes de ceux qui en souffrent. La prévention de l’obésité peut donc réduire la gravité des problèmes articulaires44.

Une génération en péril

L’obésité a des conséquences graves sur la santé et le bien-être des enfants. L’incidence du diabète de type 2 a rapidement augmenté chez les adolescents et l’obésité est présente dans presque tous les cas. De plus, les enfants obèses sont plus susceptibles d’être des adultes obèses. Par conséquent, l’obésité augmente les risques de problèmes de santé pour le restant de leur vie45.

Le traitement des maladies associées à l’excès de poids et à l’obésité s’avère extrêmement coûteux. Selon les estimations, le fardeau économique de l’obésité au Canada varie de 4,6 milliards à 7,1 milliards de dollars annuellement46.

Coûts

L’obésité est une épidémie qui coûte cher. L’OMS estime que 60 % de l’ensemble des décès sont dus à des maladies chroniques, que tout décès évité pourra se traduire en gains non négligeables sur le plan de la croissance économique des pays et que rien ne justifie que des maladies chroniques continuent d’abréger des millions de vies prématurément47.

Au Québec, l’Institut national de santé publique du Québec évalue l’impact économique de l’obésité et de l’embonpoint à près de 3 milliards de dollars. Ces coûts incluent ceux liés à l’hospitalisation et aux consultations médicales et ceux liés à la consommation de médicaments et à l’invalidité48,49.

Au Canada, une analyse de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, de l’Enquête nationale sur la santé des populations et de l’Annexe 2 de l’étude Le fardeau économique de la maladie au Canada définit le fardeau économique de l’obésité en termes de coûts directs pour le système de soins de santé (soins hospitaliers, produits pharmaceutiques, soins médicaux et soins en établissement) et coûts indirects sur la productivité (valeur de la production économique perdue en raison des décès prématurés et des invalidités brèves ou prolongées).

En 2008, le fardeau économique annuel de l’obésité au Canada a cru de 735 millions de dollars, passant de 3,9 milliards à 4,6 milliards de dollars50,51.

Au niveau mondial, 2 % à 7 % des dépenses de santé sont reliés aux mesures de prévention et de traitement de l’obésité et jusqu’à 20 % de toutes les dépenses de santé concernent le diabète de type 2 et les maladies cardiaques, associés à l’obésité52,53. Dans un rapport publié en janvier 2015, l’OMS affirme que les cas d’obésité ont doublé depuis 1980 et que freiner la recrudescence de l’obésité et du diabète, d’ici 2025, est l’une des cibles visées54.

Se donner les moyens d'adopter et de maintenir de saines habitudes de vie

En matière de nutrition et d’activité physique, l’information et l’éducation ne suffisent pas à amener une population à modifier ses habitudes alimentaires, de même que l’environnement bâti joue un grand rôle dans les habitudes de déplacement. Par conséquent, promouvoir des environnements favorables revient à s’assurer que les citoyens puissent opter plus facilement pour de saines habitudes de vie et de consommation.

La prévention : seule solution viable aux problèmes de poids

L’état des finances publiques du Québec ne permet pas d’ignorer les conséquences de l’obésité sur les coûts du système de santé. Il devient alors stratégique et judicieux de promouvoir des environnements favorables aux saines habitudes de vie et de consommation, afin de réduire la pression sur le système de santé et d’assurer aux générations futures un avenir en santé.

C’est la responsabilité du gouvernement de mettre en place des politiques publiques en faveur d’un mode de vie physiquement actif et d’une saine alimentation.

Mesures prometteuses qui peuvent être mises de l’avant :

  • réduire la consommation des boissons sucrées ;
  • rendre les jeunes plus actifs à l’école ;
  • développer les compétences alimentaires et culinaires des jeunes ;
  • favoriser le transport actif.

Références